Melun - Fontainebleau. Des stages pour mettre les clients de prostituées face à leurs responsabilités

Le Parisien - 25/06/2017

Des clients de prostituées verbalisés participeront, lundi et mardi, à deux jours de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels. Explications.

« Nous n’aurons aucun regard moral, assure Guillaume Lescaux, le procureur de la République de Fontainebleau. Nous sommes là pour appliquer la loi. » Il n’empêche, durant deux jours, lundi et mardi, plusieurs clients de prostituées de la Seine-et-Marne pourront réfléchir sur leur comportement lors d’un stage de sensibilisation à la lutte contre l’achat d’actes sexuels. Une première dans le département, depuis la mise en application de la loi du 13 avril 2016, qui pénalise les clients et non plus les péripatéticiennes.

« Les contrevenants ont pu choisir entre ces deux jours à 180 euros ou une amende de plusieurs centaines d’euros », détaille le procureur. En cas d’infraction, chaque contrevenant encourt jusqu’à 1 500 euros d’amende pour un premier fait, puis 3 750 euros en cas de récidive. Certains contrevenants ont refusé et ont préféré payer l’amende plus facile à justifier que deux jours de stages.

Durant les cinq premiers mois de l’année, 75 procédures ont été faites, contre 37 en 2016. Et la répression va s’accentuer. « Nous allons continuer à verbaliser les clients dès que possible », précise une source policière. « D’ici à la fin de l’année, 46 hommes, âgés de 18 à 80 ans, participeront à l’un des sept stages organisés », précise le magistrat.

 

« 99 % des prostituées sont étrangères et sous la coupe de proxénètes »

Chaque groupe suivra plusieurs modules, notamment juridiques, et étudiera les évolutions de la loi, les conséquences sociétales, avec des professionnels et des associatifs. « Nous allons leur expliquer que les prostituées sont des victimes et qu’en les voyant, ils participent à la traite d’être humain », précise Alexia Lerond, chargée du pôle juridique à l’association Équipes d’action contre le proxénétisme (EACP). Elle interviendra lors de certains stages, en alternance avec le mouvement le Nid. L’Acjuse (Association de contrôle judiciaire socio-éducatif) est un autre partenaire et accueille les stagiaires dans ses locaux de Melun.

« 99 % des prostituées sont étrangères et sous la coupe de proxénètes. Sur les 69 recensées régulièrement sur le secteur de Fontainebleau et alentours, quatre ou cinq sont françaises, pas plus. Les autres viennent essentiellement des pays de l’Est », détaille Guillaume Lescaux.

« Nous voudrions montrer aux clients les conséquences de leurs comportements », souligne Alexia Lerond. Elle rappelle que « la plupart du temps, les femmes ne touchent pas l’argent, qui va directement dans les poches des proxénètes ».